Rencontre avec Rue de Plaisance

Varoslav se livre à nous et revient sur ses débuts, nous parle de son label Rue de Plaisance et de la scène parisienne sans langue de bois…

Parle-nous de tes débuts…

En 1999 ma petite amie de l’époque et mes amis ont décidé de m’offrir des platines pour mon anniversaire, super cadeau ! Dans la foulée j’ai acheté un ampli et des enceintes et c’était parti !

A cette époque étais-tu déjà amateur de musique électronique ?

Oui ! Je sortais déjà depuis plusieurs années et mes amis Dyed, Shonk, Wild et d’autres mixaient déjà… Je ne pensais pas que c’était pour moi avant ça. Quand j’étais plus jeune j’avais des potes qui faisaient du son aussi mais c’était plus du hip-hop, une autre culture…

Est-ce que le hip-hop était quand même une source d’influence à tes débuts ?

Complètement ! Mes amis djs de hip-hop, pour la plupart n’ont pas compris la house au début… Pour eux la house c’était seulement Daft Punk. Alors ils essayaient de faire de la musique comme ça. Seuls les dOP ont compris bien des années plus tard. Je les connais depuis très longtemps… Mais la première musique que j’ai aimé et qui m’inspire toujours, c’est cette musique hip-hop des années 90 qui était très prolifique. Après c’est parti en sucette et c’est là que j’ai commencé à écouter de la house.

Ta première production date de 2008, pourquoi cette durée de presque dix ans entre le moment où tu as commencé à mixer et cette première production ?

Au début j’avais une autre vie, je mixais et j’achetais des disques pour le plaisir mais déjà avec un certain intérêt. J’y allais chaque semaine ! A côté de cela j’étais responsable d’une boutique de vêtements Pepe jeans. Après avoir enchainé plusieurs boulots également de merde, un jour j’ai laissé les clefs dans la boite aux lettres et je me suis acheté un ordi. Un ami m’y a intégré Reason, le logiciel pour faire du son. Il m’a fallu plusieurs années pour commencer à comprendre un peu… Ma rencontre avec David k m’a sérieusement boosté et il m’a beaucoup appris. Après, Myspace est arrivé et tout est allé plus vite que prévu. Des gros labels artistes m’ont tout de suite contacté. Après mon taff j’ai quand même fait une école de son, la SAE. Quand j’ai commencé à apprendre je n’avais jamais eu d’ordi, ça a été pour moi très difficile de me mettre dans le bain. Non seulement avec l’ordi mais aussi avec les logiciels… Cette formation m’a bien sur aidé et m’a conditionné mais franchement, je ne suis pas allé au bout, c’était trop maths-physique pour moi. J’apprenais beaucoup mieux en faisant des studios sessions avec des potes pendant des heures.

Concernant ton label Rue de plaisance, quelle était ton idée de départ, tes motivations lors de la création du label ?

En fait j’ai toujours eu cette idée en tête pour plusieurs raisons. La première, c’est mon label de bootleggs qui m’a vraiment fait voir que je pouvais m’occuper d’un projet tout seul. Ensuite, quand j’ai arrêté de travailler avec Guy Gerber ça a été le déclic. Après plusieurs années avec Sfacts, on était plus sur la même longueur d’ondes niveau zic… J’ai fait des trucs pas acceptés, des remix et au bout d’un moment j’en ai eu marre et je me suis dit, pourquoi pas faire mon truc comme je le sens ? Je ne pense pas qu’il faille toujours courir après les artistes du moment, je préfère pousser des artistes émergents.

Et lorsqu’ils sont également des amis j’imagine que ça aide… Au sein de Rue de Plaisance, les artistes sont pour la plupart des amis à toi (on pense notamment à David K ou Chaim). Est-ce un choix de ta part, ce côté très « familial » au sein du label ?

Oui c’est vrai, et Nico Lahs je le suis depuis plusieurs années. Sa sortie a été annulée sur Sfacts et je l’ai récupéré. Oui j’ai envie de garder un esprit « maison » et humain surtout, même si je vais accueillir des artistes que je ne connais pas personnellement. En fait, comme tu travailles gratos ou presque, c’est important de donner à des gens que tu connais. C’est comme ça que je vois les choses maintenant, je fais des trucs pour mon label ou pour des potes ou alors des gros labels… s’ils demandent! Ça me permet de faire la musique que je veux sans me soucier de quelque mode que ce soit. Je fais mon truc et si je refuse des remixs ou EPs très souvent, c’est par choix que je ne sors pas trop de zic. Au début quand j’ai débarqué sur la scène, j’ai eu trop de sorties la même année et j’ai préféré ne pas refaire ça. Surtout maintenant que j’ai ma structure essentiellement dédiée à mes projets avec des potes et mes propres trucs.

Tu attaches beaucoup d’importance aux artworks sur chaque release, peux-tu m’en dire plus à ce sujet ? As-tu à chaque fois une idée précise de ce que tu veux ou tu laisses le champ libre aux artistes ? Pourquoi est-ce si important ?

Virassamy mon graphiste de Berlin est un ami de longue date. Il a fait les beaux-arts, j’adhère à fond à son art. On s’est connu il y a quelques années, il est très doué. C’est très important pour moi de lier la musique aux visuels, c’est plus fort émotionnellement et ça met en valeur la musique. Je lui fais confiance à 100% sur les visuels, je dispose et on décide tous les deux. Il me propose des visuels qu’il fait à l’encre à chaque fois avec des pinceaux et procédés différents. J’aimerais un jour faire une expo, c’est pour cela que nous prêtons particulièrement attention à l’art. Ses artworks sont peu dark mais très identitaires, je ne changerais de designer pour rien au monde ! On dirait que c’est simple mais ça ne l’est pas tant que ça. Il bosse pour moi car il aime le projet et c’est très important aujourd’hui pour le label, que chaque personne soit autant motivée que moi sinon on va dans le mur. Il bosse pour des grosses marques et Rue de Plaisance c’est pour lui un hobby, une vitrine. Pour les photos je travaille aussi toujours avec la même personne : Xavier Cariou. C’est un ami de longue date qui est également reconnu.

Artwork rue de plaisance  #005

Tu es aussi un grand vinyl-lover et cela peut aussi expliquer l’importance accordée aux artworks qui donnent une dimension supérieure à l’objet, et vu le nombre limité de copies qui le rendent « spécial ».

C’est pour moi très important un beau disque avec un beau visuel, ça m’a toujours fait rêver, ça reste dans le temps pas comme un mp3 dans un hard drive. Je rejoue de plus en plus qu’en vinyle, après le temps, je me rends compte que j’oublie plein de musiques et le fait de ne pas l’avoir matériellement y joue beaucoup. Quand je cherche un disque chez moi je tombe sur dix autres que j’avais oublié ! Je dois avoir entre 5000 et 7000 disques à peu près, sans compter les rootz et les r2p… Ça commence à faire beaucoup chez moi, surtout que ça continue ! On manque quand même de disquaires à Paris et en partout en France !

Oskar Offermann vient de rejoindre la famille Rue de Plaisance, peux-tu m’en dire plus sur votre rencontre ?

Oui ! Je suis fan de sa musique depuis quelques temps déjà. Lui, Moomin,  Edward. une bonne équipe ! Je suis en contact avec lui depuis un petit moment, il est très cool, on s’est rencontré à Paris il y a quelques mois. Je lui ai demandé un remix et il a accepté, je suis ravi ! (le remix d’Offermann sera disponible sur le prochain EP de Rue de Plaisance prévu pour le mois de juin.) Il est top. J’espère bien avoir des tracks plus tard mais il prépare un album pour l’instant. Sur Rue de Plaisance, on prépare également la sortie d’un artiste français très prometteur : Professor Inc. Autre actualité pour le label, notre résidence au Rex le 7 juillet avec Norm Talley, Professor Inc live et moi-même. Pour la deuxième le 4 août, j’invite Patrice Scott et Baaz, ça c’est du scoop !

Concernant la scène parisienne, tu en es un acteur depuis plusieurs années, que penses-tu du « renouveau » actuel ?

Au niveau des soirées, c’est vrai qu’il y a eu un sacre vide pendant quelques années. Si je peux me permettre, le renouveau s’est fait en grande partie grâce à la Sundae. Ça a été une prise de conscience pour des orgas, elle a débarqué avec sa vibe qui me rappelle l’époque des « cake and milk » du Batofar à son ouverture. Aujourd’hui les collectifs comme Die Nacht ou We Love c’est bien, mais les plateaux sont pas toujours cohérents et c’est dommage. Enfin la Concrete c’est juste de la balle, même si c’est un peu plus after…

After et tout ce que ça représente…

Exactement, à la Sundae les gens ont dormi ça change un peu la donne. Mais selon moi ce n’est pas le même créneau donc la comparaison est difficile. La Concrete pour moi c’est avant tout un after. Mais ce sont bien eux les 2 boss et de loin ! En ce qui concerne les clubs, le Rex reste pour moi la référence et c’est un honneur pour moi d’avoir ma résidence là-bas. Il y a des périodes au Rex mais quand tu as un label ça t’ouvre des portes, pour les artistes à l’étranger, le club à Paris c’est le Rex !

Côté production c’est vrai que ça bouge bien en ce moment. Chacun fait son truc dans son coin mais à part ça c’est cool. Ça me va, j’ai toujours été dans mon coin. Il y a plein de gens dont on ne parle pas aussi, comme Professor Inc ou Gaffy. A Paris on fonctionne beaucoup par bande et quand tu n’en as pas c’est dur. Je trouve ce phénomène un peu nul, je pense qu’on devrait tous se supporter.

Pour moi des nouveaux blogs/labels comme Crazyjack, vous et d’autres apportent beaucoup. Mais il faut du temps, il faut toujours prouver ici et c’est ce qui me déplait un peu. Mais cette espèce de « compétition » me motive, moins on croit en moi et plus j’ai envie. Je dois avouer qu’on ne m’a pas beaucoup aidé ici au début et si j’en suis là c’est parce que je me suis occupé de Supplement Facts de Guy Gerber, c’est seulement après que j’ai été « crédible » ici. C’est idiot mais c’est comme ça.

Ne penses-tu pas que ce fonctionnement contribue ou a contribué à ralentir le développement de ce genre de musique dans notre capitale ?

Si ! Mais que pouvons-nous faire ? Il faut continuer à faire son truc avec le coeur et travailler dur. Pour moi il n’y a pas de talents cachés, si tu bosses ça finit par payer. Aujourd’hui un projet comme Rue de Plaisance c’est possible grâce à une équipe de gens qui bossent comme mon graphiste, ma copine et moi-même. Sans oublier les artistes évidemment ! Même pour mes bookings c’est en interne maintenant. Comme je l’ai déjà dit je veux garder le côté humain et pas faire de l’argent à tout prix. On est des djs, c’est la musique avant tout il ne faut pas oublier ça. Les agents aujourd’hui exagèrent et ça me dégoute. Cependant il faut bien une barrière entre l’artiste et le promoteur sinon ce n’est pas possible non plus.

Pour finir, tu as joué dans pas mal de grands clubs européens (Fabric, Panorama Bar et d’autres…) est-ce que tu constates une différence entre le public parisien et les publics anglais ou allemand par exemple ?

Il n’y a aucune différence pour moi, ça dépend surtout de l’event, de la fête elle-même. Une fois lorsque je jouais à Berlin, une fille m’a demandé pendant mon set du David Guetta et à Montpellier c’était la folie ! Donc il n’y a vraiment pas de règles ! Après c’est sur qu’à Berlin il y a des endroits où tu peux vraiment jouer ce que tu aimes, la différence est peut-être là, la tolérance.

Merci beaucoup Varoslav de nous avoir accordé ton temps et d’avoir répondu à nos questions.

A noter, la prochaine sortie de Rue de Plaisance « Holding You » par Chaim & Varoslav est prévue pour le mois de juin avec un remix signé Oskar Offermann. Suivra un EP de Professor Inc. Niveau event, rendez-vous le 7 juillet au RexClub pour la résidence du label avec Norm Talley, Professor Inc live et Varoslav. Il sera également l’invité de la Half Baked du 10 juin à Londres !

 

 

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