Rio Padice – Interview : « Keep it underground »

Radiant Child’s est de nouveau parti à la rencontre d’un étendard de la house qu’on aime, ici Rio Padice, DJ et producteur originaire de Naples. Le boss d’Early Sounds Records ouvre la boite à trésors et dévoile son parcours et ses convictions artistiques. Une interview exclusive, riche en références.

Rio Padice de ton vrai nom Dario Di Pace, tu peux nous en dire plus ?

Je voulais garder mon vrai nom, ce n’était pas vraiment approprié pour un producteur de musique, donc j’ai utilisé un anagramme.

Tu es né à Naples, et tu composes là-bas, que peux-tu nous dire sur cette ville d’un point de vue musical ?

Quelqu’un a dit «Naples est la ville la plus musicale en Europe » et c’est peut-être vrai car il y a beaucoup de compositeurs et de musiciens qui ont contribué depuis les années 1800 à cette réputation. La musique classique Napolitaine a été influencée par les sons arabes au cours des années 70 ainsi que par le jazz américain, cela peut être considéré comme une source d’inspiration notable. La musique électronique est un phénomène qui s’est propagé dans toute la ville à partir des années 80 et qui a été influencé par le rock alternatif, le trip-hop,  le reggae/dub et le hip-hop. Il ne s’agissait pas encore de house et de techno qui représentent un mouvement plus isolé né il y a une dizaine d’années.

Tu te produis sur la scène Napolitaine, as-tu noté une évolution avec la montée des nouveaux artistes, des labels ou des festivals ?

Il n’y a pas eu de vraie évolution, les protagonistes changent mais les structures et les labels sont les mêmes depuis les années 90. Il y a eu quelques tentatives courageuses pour investir dans quelque chose de nouveau, mais l’Italie est un pays conservateur marqué par de fortes contradictions et comme chacun sait, tout ce qui est nouveau fait peur.

Comme dans le reste de l’Europe il y a évidemment beaucoup de jeunes qui essayent de devenir Djs ou producteurs de musique, cela amène une certaine confusion… Ce n’est pas un problème individuel mais un problème global.

Ce n’est pas comparable à Berlin ou toute autre capitale de la musique électronique, mais il existe une “touche napolitaine” quelle est-elle ?

Tu dois parler du «Napotech», un genre de techno qui est né dans le milieu des années 90. Elle est en partie influencée par le mouvement de Detroit mais c’était un son définitivement plus européen. Cette musique était moins centrée sur l’expérimentation et davantage portée sur le groove et la bassline. Les représentants les plus connus de ce mouvement sont Gaetano Parisio, Marco Carola, Rino Cerrone et Danilo Vigorito.

Naples est la ville de la pizza mais c’est aussi la ville où est située la grande école d’art Naples Academy of Fine Arts. Penses-tu que tes études dans cette prestigieuse école ont eu un impact dans tes créations ainsi que dans ta carrière de musicien ?

Pas vraiment, non, mon père est chef décorateur pour le cinéma et pour la télévision et j’ai moi-même commencé à travailler pour le théâtre comme décorateur. Certaines personnes disaient que j’étais bon dans ce domaine, mais j’ai choisi la musique… Ce n’était pas un vrai choix, c’est juste quelque chose qui s’est développé naturellement en moi.

Nous pouvons ressentir dans tes tracks une atmosphère old-school. On reconnait le son des vieilles “drum machines”. Sommes-nous face a un passionné d’analogique ?

Ma passion pour le son old school est née en 2010. Avant, j’étais fortement influencé par ce qui se faisait à l’époque, un phénomène de masse appelé «minimal techno ». L’industrie du disque et l’empreinte artistique de nombreux producteurs portent encore cette marque. Il s’agit à mon avis du genre le moins abouti dans l’évolution de la musique électronique. Le concept de base est très novateur, mais il fait oublier la recherche musicale. Ce genre musical a été détourné et privé de toute virtuosité musicale. La facilité avec laquelle on peut obtenir des produits commercialisables avec un ordinateur portable et une souris n’a pas seulement créé une armée de débutants sans bagage musical, mais a également saturé le marché avec une quantité énorme de mauvaise musique achetée dans les principaux portails de vente en MP3. Cela a conduit à des standards de qualité médiocre, et je vois ça comme un gros problème pour l’industrie de la musique qui est en train de mourir à petits feux. J’ai alors commencé à m’intéresser à des techniques de production plus « vintage ». J’ai étudié par moi-même en lisant des interviews, des forums et des articles, mais aussi en faisant des expériences et en comparant ce que je produisais avec toutes les choses que j’écoutais. J’essayais de découvrir leurs secrets et des méthodes de travail. Au lieu d’utiliser des logiciels, c’est  assurément une façon de travailler beaucoup plus “traditionnelle”. Il faut avoir de bonnes bases, une compréhension de la composition musicale et de la façon dont un bon groove doit être conçu et construit. Il est donc conseillé de se créer une importante culture musicale, surtout si on utilise des techniques de sampling.

Quelle est la configuration de ton home studio ?

Rien de vraiment extraordinaire… J’ai quelques instruments, et avec de la créativité et de l’imagination j’essaye de faire sortir le maximum hors de moi. J’ai deux vieilles Roland Drum Machines (707 et 606) et j’ai réussi à enregistrer plusieurs sessions avec des tr 909 et 808. J’ai aussi un Casio RZ1 qui est très utile car il fait à la fois sampler et groove box. Je possède également un vieux Yamaha DX (essentiel pour la ligne de basse) et un Korg dw 8000. Comme mélangeur j’utilise un vieux Mackie 1604, une enregistreuse cassette / VHS et évidemment une platine au cas où je veuille sampler quelque chose. J’utilise l’ordinateur comme séquenceur et quelques synthés VST aussi. Il y a bien sur d’autres instruments mais il est bon de garder certains de ses secrets.

Pourquoi as-tu choisi ce type de composition ? Est ce que c’est le même phénomène que les amoureux du vinyl qui passent des heures à chercher des perles, fais-tu la même chose avec les synthétiseurs ?

Pas du tout, les machines sont faites pour servir les hommes. Elles permettent seulement d’obtenir ce dont j’ai besoin pour atteindre un certain résultat.

En plus d’être un artiste tu es manager, en collaboration avec Massimo di Lena et Leskin tu as fondé Early Sounds Recording. Pourquoi avoir son propre label, quelle était ton ambition ?

Il était temps pour nous de posséder une petite plate-forme afin de diffuser notre concept de communauté en offrant ce que nous aimons sans devoir recevoir le jugement de propriétaires de labels ou de distributeurs. C’est aussi un bon moyen pour devenir responsable car en fait vous investissez dans vous-même, il faut donc être très autocritique. C’est aussi un excellent moyen pour savoir combien de gens vous suivent et aiment réellement votre musique.

Quelles sont les relations entre fondateurs ?

Elles sont bonnes, nous sommes amis depuis très longtemps et nous avons des différences qui se compensent. Massimo est celui qui a le plus d’expérience dans le Djing et la production bien qu’il soit le plus jeune de nous trois; il sait ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Pellegrino (Leskin) a un bagage musical très important du fait que son père soit un compositeur de jazz, et il est très bon en ce qui concerne des sons plus « soul ». Dans notre deuxième release (publiée sur Clone Records) apparait aussi Joseph Russel. Il est le premier jeune artiste sur lequel on a décidé de miser.

Avec ce nouveau label penses-tu garder cette sonorité old-school ?

Oui, ce sera notre démarche mais honnêtement je pense qu’il est logique, arrivé à un certain point, de proposer quelque chose qui n’a pas encore été réalisé. Pendant plusieurs mois j’ai essayé de parvenir à quelque chose de plus personnel et subjectif, de futuriste, qui est profondément conceptuel et pourtant accessible et pas seulement pour les fans du son vintage.

Tu es présent sur de nombreux labels : Metroline Limited, Bassculture, Tsuba, Hud Traxx, Housewax… Comment les choisis-tu, quels sont tes critères ?

J’ai sorti ma musique sur de nombreux labels, c’est vrai. Mais je n’ai pas vraiment décidé car la plupart du temps, c’était le label qui me demandait. Tout a commencé parce que deux gars de Rome m’ont demandé un remix qu’ils ont présenté en tant que démo à plusieurs labels, et l’un des labels intéressé était Metroline. Après ça, mon remix a attiré l’attention de Hudd Traxx, Bassculture, Tsuba et Audio Morris. Avec Housewax/Rawax c’était un peu différent. Je recevais leurs promos pendant l’hiver dernier, et comme la plupart de leurs releases musique me plaisaient, j’ai décidé de leur envoyer quelques sons à moi.

Concernant le marché du vinyl, que peux-tu nous dire à ce sujet, en tant que producteur ?

C’est une question complexe. Actuellement, le coût d’impression et de la distribution représente 80% des bénéfices si l’album/EP est épuisé. Sauf si vous voulez être auto-distribué et vendre votre musique sur votre propre plateforme. Mais il y a seulement quelques rares fabricants qui peuvent se permettre de le faire.
J’ai souvent pensé à quelle pourrait être la solution. L’une des options pourrait consister à augmenter progressivement le coût d’un mp3 en baissant le prix du vinyle. Il suffit de mettre ce dossier sur le vinyle, qui coûte de 4 à 6 euros et vous pouvez le télécharger numériquement (mais je comprends aussi les coûts liées au droit d’auteur).
Le truc c’est que ceux qui travaillent exclusivement dans le business du MP3 n’ont pas de cout de distribution et de production (en plus dans de nombreux cas, même les mastering sont «home made»), alors pourquoi ne pas imposer une taxe pour eux ? Une sorte de « permis de vente » appliquée à chaque sortie. Cela pourrait causer une révolution majeure en ce qui concerne la qualité et pourrait permettre de responsabiliser ceux qui veulent spéculer sur le secteur du numérique. Mais aujourd’hui, c’est un système pourri, obsolète et qui profite à ceux qui n’aiment pas vraiment la musique.

Des projets pour 2012 ? une visite en France de prevue ?

Mon seul projet majeur est mon album et je vais beaucoup travailler dessus. Pendant cette période je ne vais pas sortir de musique. J’étais à Paris l’été dernier et je suis impatient de partager ma musique dans d’autres villes françaises !

Le mot de la fin ?

Keep it underground.

 

 

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Rio padice from your real name Dario di Pace, what can you tell us about you ?

I wanted to stick to my real name, but at the same time it was not really appropriate for a music producer, so I did an anagram.

You were born in Naples and you are composing from there, what can you tell us about this city from a musical point of view ?

Someone said that « Naples is the most musical city in Europe », and that is kind of true because there are lot of songwriters and musicians that have contributed since 1800 to make it so. The classical Neapolitan melody as been influenced by the Arab sounds over the 70s and also by American jazz, that can also  be considered as a notable part of inspiration. Electronic music is a phenomenon that has spread throughout the city from the 80s mainly related to alternative rock, trip-hop, reggae / dub and hip-hop.

Not much about house music and techno that provide a more niche movement born around ten years ago.

You’ve been performing on the Napolitan scene for a while, have you noticed an evolution, with the rise of young artists, labels or festivals ? 

There was no real evolution,  characters are changing, but structures and associations stayed the same since  the 90s.

They have been a few brave attempts to invest in something new, but we live in a conservative country made of strong contradictions and as we know: what’s new, it’s scary.

Like in the rest of Europe there are obviously many young people who are trying to be music producers and DJs, this creates some confusion… but it’s not an individual problem, it’s a global problem.

It might not be comparable with Berlin or any other electronic music capital, but a Napolitan touch must exist, what is it ?

Probably you’re talking about the « Napotech », a kind of techno sound that was born in the mid 90′s. In part influenced by the movement of Detroit (I suppose) but it was definitely more European, less set on experimentation and more concentrated on groove and bassline. The best-known exponents of this kind of movement were Gaetano Parisio, Marco Carola, Rino Cerrone and Danilo Vigorito. 

Naples is pizza town but it is also the place where is located the great School of Art : Naples Academy of Fine Arts. Do you reckon that your studies in such a prestigious school had an impact on your creations and career as a musician ?

Not really, no, my father is a production designer for film and television and I started to study and work for the theater as a stamp designer and decorator. Some people said that I was good at it, but I chose music … it was not a real choice, just something that naturally developed inside of me.

We can feel in all of your tracks kind of an old school atmosphere, and hear the sound of old drum machines. Are we confronted to some analog music passionate? 

I have to say, my passion for the old school was born in 2010, before that I was deeply influenced by what was going on in those days, a mass phenomenon called « minimal techno » – the record industry and the artistic imprint of many producers still bears the after effect of what in my opinion was the lowest point in the technological evolution of electronic music. The basic concept is truly innovative but the tip on the essentials and research has been speculated, squeezed, twisted and deprived of any musical virtuosity. The ease with which they could obtain marketable products with a laptop and a mouse has not only created an army of newbies with no background but also and almost saturated the market with an enormous amount of bad music purchased from the major portals of sale mp3. This has led to a low quality standard, and I do see this as a big problem for the dying music industry.

So I began to get interested in vintage production techniques. I studied by myself, reading interviews, forums and articles but also experimenting with the practice of comparing my results with all the things I listened, trying to learn their secrets and the working method. Surely it is a way of working much more in a traditional way instead of using modern softwares. You need a good basic understanding of musical composition, connectivity and how a good groove should be built and designed.

Also I’d suggest to make your self a massive music culture, especially if you are using sampling techniques.

What musical instruments are the components of your home studio ?

Nothing really shocking… I have few tools and with the help of   creativity and imagination I try to get the most out of me.

I have two old Roland drum machines (707 and 606) and I was able to record numerous sessions with tr 909 and 808. also I have a casio RZ1 which is very useful as it can be a sampler and a groove box at the same time. An old yamaha dx (essential for bassline) and a korg dw 8000. As a mixer I use an old Mackie 1604, a cassette recorder / VHS and of course a turntable in case you want to sample something. I do Use the computer as a sequencer and some VST synths too as they are too expensive for my pockets right now … of course there’s more, but it is good to have little secrets.

Why did you choose this type of composition ? Is it a way of life like “vinyl lovers” looking for their “pearls” for hours ? Do you do the same for your synthesizers or old rhythm boxes ?

Absolutely not, the machines are designed to serve a man and they get me just what I need to achieve a certain result.

Besides being an artist, you are a manager, and together with Leskin and Massimo Di Lena, you founded the Early Sounds Recording label. Why did you get your own label ?

It was time to own a small platform where disseminate our concept of community by offering what we like by passing the judgment of the label owners and distributions. It ‘s also a good way to make your self responsible because you are basically investing in yourself and you must be very self-critical and above all. Also it’s an excellent channel to realize how many people actually follow your music.

What are your relationships with the co-founders ?

Good, we have been friends for so long. We have differences that compensate. Massimo is the figure with more experience in terms of DJing and production, despite being the youngest of three, he knows what works and what does not. Pellegrino (Leskin) as a very strong musical background as his father is a jazz composer and he’s very good with soulful sounds. On our second release (published on Clone Records) appears also Joseph Russell in the collective, he is the first young artist  which we have decided to invest on.

With this new label, do you think you will keep this “old school” spirit felt in your compositions ?

Certainly this is gonna be our spirit, but honestly I think it makes sense, got to a certain point, to propose an idea that has not already been done and that is definitely not improved. For several months I’ve been trying to reach something more personal and subjective, something futuristic, which is deeply conceptual and yet accessible not only for fans of the vintage sound.

You are present on a lot of labels just to name a few : Metroline limited, Bassculture, Tsuba, Hud Traxx, Housewax… How do you choose, what are your criteria ? 

I have released my music on many labels, it is true. But I didn’t really decide cause most of the time it was the label asking me for some music. It all started cause two guys from Rome asked me for a remix that they would’ve run as demo at various labels, and one of the interested labels was Matroline. After that my commissioned remix EP caught the attention of Hudd Traxx , Bassculture, Tsuba and Morris Audio. With Housewax / Rawax it was a bit different. I was receiving their promos during the past winter, and as most of the music sounded quite good to me I decided to send them some of my stuff.

Concerning distribution. What can you tell us about the vinyl ?

It ‘a complex question. Currently the cost of printing and distribution account for 80% of the profits if the EP/album sold out. Unless you want to be self distributed and sell your music on a personal portal. But there are only a very few  manufacturers that can afford to do this.

I have often thought about what the solution might be. Maybe an option could be to gradually increase the cost of an mp3  and make the vinyl cheaper. Simply put that record on vinyl, which costs 6 euros to 4 euros and you can download it digitally (but I also understand the related costs of copyright).

Thing is that, those who work exclusively in the MP3 business  have 0 distribution and production costs (as in many cases even the masters are ‘home made’), so why not put a tax to them?

A sort of « license to sell » applied to each output.This would cause a major revolution in quality and a real responsibility on those who want to speculate about the digital sector.But today is a rotten system, obsolete and for the benefit of those who do not really love the music. This would cause a major revolution in quality and a real responsibility on those who want to speculate about the digital sector.

Any projects for 2012 ? A visit to France scheduled ?

My only major project is my album and ill be working on it a lot and throughout the production period I will not release music. I was in Paris last summer and Im looking forward to share my music in other French cities!

The last word ? 

« Keep it underground. »

 

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